Quel est l’impact de la politique européenne de contrôle des fusions-acquisitions sur l’émergence de champions européens ? La régulation, en provenance du Bruxelles, est très souvent désignée comme responsable de l’absence de mastodontes européens. Et si le problème était tout autre ? Les experts d’AURIS Finance, cabinet de conseil en opérations de fusions-acquisitions vous livrent leur analyse.
Non, le contrôle des concentrations par Bruxelles ne nuit pas à l’émergence de champions européens. C’est en substance ce qu’expliquent deux experts de la concurrence dans une tribune publiée dans le quotidien Le Monde. Pour Etienne Chantrel et Emmanuel Combe, spécialistes de la concurrence, c’est une idée reçue et erronée de considérer que la politique européenne de contrôle des concentrations d’entreprises empêche, depuis trois décennies, l’émergence de champions européens capables de rivaliser à l’échelle mondiale.
Alstom-Siemens, une fusion stoppée
L’un des exemples mainte fois convoqué est sans conteste celui de l’interdiction par la Commission européenne d’un rapprochement entre Alstom et les activités ferroviaires de Siemens, empêchant ainsi la création d’un champion industriel européen dans le domaine ferroviaire et de la signalisation. En 2019, la Commission européenne met un stop au projet de fusion entre les deux géants. Parmi les raisons invoquées, un rapprochement de deux acteurs du ferroviaire et de la signalisation aurait réduit de manière significative la concurrence. Pire, « sur certains segments, il n’y aurait même plus eu de concurrence du tout », expliquait à l’époque Margrethe Vestager, commissaire européenne chargée de la Concurrence.
Saine concurrence
Une absence de concurrence particulièrement dommageable sur le front de l’innovation. Pour les auteurs de la tribune, la taille des entreprises n’est pas le facteur déterminant de la compétitivité. Certes, la grande taille d’une organisation lui permet de réaliser des économies d’échelle ou de réseau. Néanmoins, une entreprise qui est en position dominante souffre également d’un appauvrissement de l’écosystème qui l’entoure. Plusieurs travaux attestent du lien entre performance des entreprises et degré de concurrence au sein d’un marché. Un rapport de la Commission européenne démontre que le manque de concurrence freine l’innovation et peut entraver l’effort de recherche. Au Brésil, l’exemple de Petrobras est devenu un cas d’école. Le monopole d’État instauré dans les années 1950 a conduit à une faible stimulation de la concurrence et de l’innovation. À partir de 1997, l’État décide de mettre fin à ce monopole avec l’ouverture progressive du secteur à d’autres acteurs, entraînant une forte hausse de la productivité.
Industrie vs. Services
Une étude de l’INSEE qui a mené une analyse sectorielle au sein des pays de l’OCDE montre l’effet positif de la concurrence sur la productivité. À noter néanmoins, tous les secteurs ne sont pas logés à la même enseigne : si l’effet positif de la concurrence se fait rapidement sentir dans les services, c’est moins le cas, en revanche, dans l’industrie où un certain niveau de marge reste nécessaire afin de stimuler l’innovation.
Nos experts à vos côtés
Un marché pluriel doté de petits acteurs et de géants est sans conteste un atout pour un pays. La concurrence demeure l’un des meilleurs moyens de booster l’innovation. Sans atteindre la place de dominants, annihilant toute concurrence, des géants peuvent se former dans tous les secteurs. Les experts d’AURIS Finance sont spécialisés par secteurs. Nous accompagnons les entrepreneurs dans leur stratégie de développement, depuis la recherche de financement jusqu’à la cession.


