Portée par l’élargissement de ses missions, la sécurité privée a enregistré une croissance soutenue en France ces dernières années. Le gardiennage en reste le cœur. Cette dynamique s’accompagne d’une structuration progressive du marché. Elle ouvre des perspectives de croissance externe aux dirigeants de PME et d’ETI, en France comme dans les pays voisins.
Un marché en croissance, encore largement ouvert
Le chiffre d’affaires du secteur a atteint près de 12 milliards d’euros en 2023, en hausse de 40 % depuis 2020. Un rapport de l’Inspection générale de l’administration et du CGEFI publié en mars 2026 recense 16 000 sociétés autorisées, dont 12 000 environ en exercice. Le CNAPS compte de son côté 302 575 agents titulaires d’une carte professionnelle.
La valeur reste concentrée. Les ETI et grands groupes réalisent 60 % du chiffre d’affaires avec 1 % des acteurs, et les quatre premiers groupes détiennent plus du quart du marché. À l’inverse, 8 000 à 9 500 micro-entrepreneurs côtoient 3 500 PME. Le rapport relève que cette structure a relativement peu changé depuis 2017. Entre les leaders nationaux et les très petites structures, l’espace reste donc large pour des plateformes régionales ou spécialisées.
Le gardiennage, cœur d’un périmètre qui s’élargit
Le Code de la sécurité intérieure impose un principe d’exclusivité. Une société autorisée ne peut fournir que des prestations de surveillance, de gardiennage ou de transport de fonds. Les groupes multiservices portent donc cette activité dans des filiales dédiées, qui peuvent être acquises ou cédées de manière autonome.
Le gardiennage concentre 89 % des effectifs et 78,6 % du chiffre d’affaires du secteur. Les textes de 2026 élargissent les prérogatives des agents sans modifier cette nature.
La loi du 18 août 2026 autorise l’inspection visuelle des véhicules et ouvre une expérimentation de trois ans des caméras individuelles. Un décret du 27 juillet 2026 pérennise une spécialité dédiée aux grands événements. La loi de programmation militaire du 16 août 2026 ouvre enfin la neutralisation de drones, sous réserve d’un décret d’application.
Ces nouvelles missions constituent autant de relais de croissance pour les entreprises capables de former et qualifier leurs équipes.
« Le gardiennage reste le cœur du métier, mais son périmètre s’élargit. Grands événements, sites sensibles, lutte contre les drones : ces nouvelles missions demandent des compétences que toutes les entreprises ne pourront pas développer seules. Le rapprochement devient alors une voie naturelle, en France comme dans les pays voisins. »
Eric Laune, expert sectoriel Propreté, Multiservices, Environnement
Les leviers de création de valeur
Dans le gardiennage, le taux de marge brute s’établit à 3,5 % en 2023. Chaque gain d’efficacité pèse donc directement sur la valorisation. La mutualisation des fonctions support, permise par la taille, en constitue le premier levier.
L’hybridation entre sécurité humaine et sécurité électronique en est un deuxième, ce dernier segment conservant une dynamique plus favorable. En mai 2026, le distributeur bordelais de systèmes de sécurité S2A a ainsi doublé de taille en rachetant un concurrent lyonnais.
La conformité devient enfin un actif à part entière. Depuis le 1er octobre 2026, toutes les sociétés déclarent leurs salariés auprès du CNAPS. Elles vérifient aussi au moins chaque mois la validité des cartes professionnelles. Ces données tracées facilitent l’audit d’acquisition.
Le rapport de mars 2026 recommande par ailleurs de limiter la sous-traitance à un seul rang pour le gardiennage. Cette évolution inciterait les donneurs d’ordre à privilégier des prestataires intégrés.
Des marchés voisins à explorer
Avec 7,6 entreprises de sécurité pour 100 000 habitants, la France présente la densité la plus élevée de l’échantillon européen étudié, devant l’Allemagne à 6,5 et la Belgique à 6,2. La loi belge du 2 octobre 2017 engage directement la responsabilité du donneur d’ordre, un modèle que la mission cite en référence.
En Suisse, plus de 24 000 personnes travaillaient dans la sécurité privée en 2022. Cet effectif est comparable à celui des forces de police du pays, pour environ 900 entreprises. L’encadrement y relève des cantons, avec des exigences propres à chacun.
Début octobre 2026, Onet a annoncé le rachat de Seris Luxembourg, dont les 250 agents rejoignent sa filiale de sécurité luxembourgeoise. Pour un acquéreur, chaque pays suppose une lecture réglementaire spécifique, qui conditionne la réussite de l’intégration.
Des échéances 2027 qui confortent les stratégies de croissance externe
Les prochains mois apporteront plusieurs échéances structurantes. L’accord salarial triennal de la branche couvrait les années 2024 à 2026, et un nouvel accord fixera les revalorisations de 2027. Les nouvelles prérogatives des agents, des caméras individuelles à la neutralisation de drones, entreront en application au rythme de leurs décrets.
Pour les dirigeants du gardiennage, ces évolutions ouvrent un nouveau cycle de développement. La sécurité des grands événements, la protection de sites sensibles ou la lutte contre les drones constituent autant de savoir-faire susceptibles de nourrir de nouveaux rapprochements, en France comme dans les pays voisins.
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