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Olivier Kopp dénonce l’agribashing dans Porc Mag

Olivier Kopp, expert du secteur Agroalimentaire & Grande Distribution chez AURIS Finance dénonce l’agribashing en vogue dans les médias et sur Internet.

Quel regard portez-vous sur l ’agribashing tel que dénoncé par les syndicats ?

Je ne pense pas que l’agribashing soit aussi massif qu’on le dit. Pour moi, c’est plutôt l’arbre qui cache la forêt. Certes, l’agriculture est dénigrée par un certain nombre d’activistes. Mais ce point de vue n’est pas partagé par beaucoup de nos concitoyens. Il me semble au contraire que la majorité de la population observe une certaine neutralité à son égard et ressent même un attachement aux agriculteurs et aux entreprises du secteur agroalimentaire. J’en avais la conviction, en voyant la fréquentation des salons de l’agriculture, par exemple, maintenant j’en ai la preuve, avec les 240 000 candidats qui se sont présentés dans le cadre de l ’opération Des bras pour ton assiette, lancée en réaction à la pénurie de main-d ’œuvre dans les champs due à la fermeture des frontières pour cause de covid-19.

Il me semble cependant évident que les critiques formulées sur les pratiques agricoles ou les intrusions dans les élevages ont un impact très important sur le moral des exploitants, parce qu’il touche un point sensible : la détresse ressentie par un grand nombre d’agriculteurs. Leur charge de travail est lourde, ils subissent des contraintes énormes, que ce soit celles de la météo, des prix de vente qui leur sont imposés, de la réglementation… Ils ont donc une sensibilité à fleur de peau et c’est ce qui est exprimé par les syndicats. Par conséquent, peu importe l’ampleur de l’agribashing. Ce qui compte, c’est que les agriculteurs le reçoivent avec beaucoup de violence. Ils se sentent incompris et mal aimés.

Quel est l’impact de la communication sur ce phénomène de dénigrement de l ’agriculture et des agriculteurs ?

Par l’intermédiaire des médias, des déclarations des uns et des autres, il y a une sorte de « dialogue », dans lequel chacun, que ce soit les détracteurs de l’agriculture ou ceux qui réagissent, exagère, pour faire avancer les choses. En ce sens, il y a une contribution des mouvements de contestation pour que les pratiques s’améliorent : une partie des pressions exercées rencontre de l’écho parmi les jeunes agriculteurs. Ceux-ci s’interrogent, ils modifient leurs pratiques et, si ce mouvement continue, l’agribashing n’aura plus d’objet.

C’est pourquoi je pense que les activistes, qui ont un côté excessif ont néanmoins participé à provoquer une évolution en matière de bien-être animal et de protection de l’environnement.

Cependant, concernant la communication, il y a un vide qui montre la faillite des coopératives. Communiquer positivement est, selon moi, leur rôle beaucoup plus que celui des syndicats. Mais elles ne le font pas. La stratégie de communication a donc échappé aux coopérateurs, leurs intérêts sont passés au second plan et c’est la structure qui est défendue avant tout. Les exploitants se sont laissés dépasser.

Malgré tout, il y a un mouvement qui se développe en ce moment en réaction à l’agribashing et que certains ont baptisé agriloving.

Que pensez-vous de ce mouvement ?

C’est un mouvement intéressant, qui veut prendre le contre-pied des critiques et compenser le manque de communication institutionnel. Les blogueurs, les youtubeurs, les agriculteurs qui communiquent sur Twitter font un gros travail de vulgarisation, même s’ils peinent un peu à sortir du cercle de ceux qui connaissent déjà le sujet et leur sont favorables.

Améliorer la communication sera-t-il suffisant pour redorer le blason de l ’agriculture ?

Même si elle est importante, la communication ne résout pas tout. Pour aller plus loin, il faut arriver à créer une relation. C’est ce qui est fait avec la vente directe ou les Amap, mais aussi, par exemple, quand un supermarché affiche en tête de gondole les photos des agriculteurs locaux qui la fournissent. Ces initiatives rencontrent généralement un très bon écho. En d’autres termes, il faut remettre de l’humain parce qu’après tout, c’est d’humain qu’il s’agit.

Dans le contexte actuel de pandémie de Covid-19, l’image de l’agriculture évolue-t-elle ?

L’agriculture est stratégique et c’est une des priorités de l’Europe depuis ses débuts ; ce n’est pas rien. Ce fait n’est absolument pas nouveau, mais dans les circonstances actuelles, il apparaît au grand jour. En outre, il y’a actuellement une grande partie des activistes que l’on n’entend plus, notamment parce que la pandémie occupe presque tout le champ médiatique.

Par ailleurs, la population change de perspectives et redécouvre l’importance de l’agriculture. L’opération Des bras pour ton assiette est en elle-même, et avant tout, une très bonne opération de communication. Il semble qu’elle n’ait pas permis de pourvoir beaucoup de postes parce que bien souvent, l’offre et la demande ne sont pas géographiquement au même endroit. Mais elle aura le mérite de mettre en lumière la continuité de l’activité des professionnels de l’agriculture et de l’agroalimentaire. Et en la matière, le nombre de candidatures montre que le travail, qui consistait à mettre la plateforme internet en place et à communiquer autour, a été bien fait, d’autant plus que c’était en dehors des médias habituels.

Ce regain d’intérêt est peut-être un amour « raisonné », dans le sens où les Français ont vu que l’agriculture servait à les nourrir et sont contents, malgré le confinement, de trouver des supermarchés approvisionnés. mais il n’en est pas moins réel. En outre, cette crise est assez longue pour que cela change les regards.

Alors, même si nous aspirons tous à retrouver notre vie d’avant, j’espère qu’il en restera des traces positives.

Retrouvez l’interview d’Olivier Kopp dans le magazine Porc Mag de Juillet  2020.