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Quand Amazon s’invite aux conseils d’administration de ses fournisseurs

Locaux AmazonEntrer discrètement au capital d’une entreprise pour pouvoir ensuite exercer un pouvoir de pression. Telle est la stratégie du géant Amazon pour peser sur les décisions de ses fournisseurs. Les experts du cabinet de conseil en fusion-acquisition AURIS Finance analysent cette information révélée par le Wall Street Journal.

Les grands distributeurs ont les moyens de faire pression sur leurs fournisseurs. En France, comme partout ailleurs dans le monde, les hypermarchés ont mis en place des stratégies très agressives pour faire plier leurs fournisseurs, comme le révèle un récent documentaire diffusé sur Arte.

Mais qu’en est-il des géants du digital ? Leurs méthodes ne sont pas plus douces. Ainsi, comme l’a révélé le Wall Street Journal en juin 2021, le géant américain de la distribution en ligne prend des positions sur ses fournisseurs en entrant à leur capital, via l’acquisition de warants. Ces produits financiers donnent le droit d’acheter ou de vendre des actifs à un prix déterminé à l’avance sur une durée limitée. Toujours selon le Wall Street Journal, Amazon aurait conclu des contrats avec certains fournisseurs en échange de bons de souscription d’actions lui permettant d’acheter une participation dans ces entreprises à un prix inférieur à celui du marché : au total une douzaine d’entreprises cotées en Bourse et 75 entreprises privées sont concernées.

En facturant très cher la visibilité de ses fournisseurs sur sa Marketplace, le géant américain a d’ailleurs récemment été sanctionné par le législateur français. Des pratiques abusives qui vont au-delà de la facturation : le groupe aurait également utilisé les data de ses fournisseurs afin de créer en interne des produits concurrents.

En trois ans, le montant des bons de souscriptions détenus par Amazon a été multiplié par cinq

La mainmise d’Amazon sur ses fournisseurs est telle que, dans plusieurs cas, l’entreprise s’est dotée du droit de siéger au conseil d’administration. Un pouvoir qui permet au géant du numérique de peser sur les décisions stratégiques de ses fournisseurs et d’orienter les négociations en sa faveur. Amazon se défend, arguant que, cette prise de participation ne concerne qu’ « un pour cent des fournisseurs » et qu’elle n’a lieu uniquement lorsqu’Amazon a « déjà acheté un certain niveau de biens ou de services ». La stratégie de mainmise sur ses fournisseurs par Amazon a commencé il y a dix ans, mais s’est intensifiée au cours des trois dernières années. Ainsi, dans son rapport d’activité, la société évalue le montant total de ses bons de souscription à 2,8 milliards de dollars, soit cinq fois plus qu’il y a trois ans, rapporte l’Usine Digitale.

Le prix à payer pour travailler avec la Marketplace la plus puissante au monde

Du coté des entreprises cibles, cette incursion d’Amazon au sein des organes décisionnels est souvent le prix à payer pour continuer à travailler avec la Marketplace la plus puissante au monde. C’est ainsi, par exemple, que SpartanNash, un distributeur américain de produits d’épicerie s’est vu proposé par le géant du numérique l’achat de 8 milliards de produits sur sept ans en échange de warants lui permettant d’acquérir à bas coût 15 % des actions de la société. De même, Amazon s’est taillé une place de choix dans le secteur des transports lui permettant de contrôler ses capacités de livraison. Dès 2016, Amazon est devenu le plus gros actionnaire d’Air Transport Services Group, détenant 19,5 % des parts de l’entreprise de transport.

S’entourer du conseil d’experts

Si les régulateurs surveillent de près cette prise de pouvoir du mastodonte américain sur ses fournisseurs, les pouvoirs de pression des géants de la distribution sur les plus petites entreprises restent colossaux. Il en est de même en France où les marges de manœuvre des PME face aux géants de la distribution sont limitées. Les experts d’AURIS Finance, forts de leur expertise sectorielle accompagnent les PME et ETI et les conseillent en amont de l’entrée au capital d’un nouvel investisseur. Contactez-nous.