Le secteur de la propreté en France en 2024 est marqué par une dynamique complexe, mêlant croissance modérée, consolidation du marché, et défis économiques et réglementaires. En pleine transformation, ce secteur représente un acteur clé de l’économie française tout en jouant un rôle essentiel dans la société, particulièrement depuis la pandémie de Covid-19, qui a mis en lumière son importance pour la sécurité et le confort des espaces publics et privés.
Avec un chiffre d’affaires estimé à 18 milliards d’euros en 2024, le secteur de la propreté regroupe environ 16 000 entreprises, qui emploient plus de 600 000 salariés. Ces derniers sont en majorité (65 %) des femmes, et 82 % des effectifs travaillent sous contrat à durée indéterminée (CDI), témoignant d’une certaine stabilité dans un secteur exposé à des conditions de travail exigeantes. La croissance du secteur a ralenti, affichant une progression de 2,5 % en 2023, contre 5,5 % l’année précédente. Cette décélération s’explique par une conjoncture économique moins favorable et une pression accrue sur les marges des entreprises.
Le marché de la propreté reste dominé par de petites structures : 92 % des entreprises comptent moins de 50 salariés. Cependant, ce tissu entrepreneurial est encadré par une cinquantaine de grands acteurs, qui génèrent à eux seuls 7,4 milliards d’euros, soit 41 % du chiffre d’affaires global. La concentration progressive du marché est favorisée par des stratégies de fusions et acquisitions, qui permettent aux groupes majeurs de renforcer leur maillage géographique et de diversifier leurs expertises.
Les enjeux clés du secteur
Le secteur de la propreté est confronté à plusieurs défis majeurs, qui compromettent parfois sa rentabilité. L’augmentation des salaires d’exploitation, qui ont progressé de plus de 11 % en deux ans, combinée à une inflation persistante, pèse sur les marges des entreprises. Ces dernières peinent souvent à répercuter ces hausses de coûts sur leurs clients, en raison d’une forte sensibilité des prix dans le secteur. La pression est d’autant plus forte pour les petites entreprises, qui disposent de moins de leviers financiers pour absorber ces charges.
Les propositions visant à réduire les allégements de cotisations sur les bas salaires ajoutent une incertitude supplémentaire. La Fédération des Entreprises de Propreté (FEP) a exprimé ses inquiétudes, soulignant que ces mesures pourraient affecter la viabilité économique de nombreuses structures, notamment les petites et moyennes entreprises, et menacer jusqu’à des milliers d’emplois.
Parallèlement aux défis économiques, le secteur doit s’adapter à des évolutions réglementaires significatives. Les obligations liées au traitement des biodéchets et le durcissement des exigences dans les Zones à Faibles Émissions (ZFE) nécessitent des investissements importants, tant sur le plan financier qu’opérationnel. Ces ajustements constituent un défi pour les entreprises, mais offrent également des opportunités de développer des pratiques plus durables et innovantes, en ligne avec les attentes sociétales.
Pour soutenir les acteurs du secteur, la FEP a mis en place l’Index Propreté, un outil publié trimestriellement, permettant de réviser les prix des contrats en fonction de l’évolution des coûts. Cette initiative vise à garantir un équilibre économique dans un contexte de hausse des charges.
Malgré les pressions économiques, le secteur continue d’afficher des perspectives prometteuses. La reconnaissance accrue des métiers de la propreté depuis la crise sanitaire et les stratégies de diversification des grands groupes, combinées à l’innovation technologique (robotisation, outils de gestion digitaux, services écoresponsables…), jouent un rôle clé dans l’avenir du secteur pour répondre aux attentes des clients tout en optimisant les coûts.
Consolidation du marché via des opérations de croissance externe
Le secteur de la propreté en France en 2024 est marqué par une vague de consolidations stratégiques, illustrant des approches distinctes adoptées par les acteurs du marché.
L’acquisition par le groupe Onet des activités de propreté, logistique et facility management d’ISS France, finalisée en avril 2024, témoigne d’une stratégie d’expansion massive visant à renforcer sa position de leader national. Cette opération permet à Onet non seulement d’élargir son portefeuille de services, mais aussi d’accroître significativement sa part de marché, consolidant ainsi sa domination dans le secteur.
Dans une démarche différente mais tout aussi stratégique, Puissance 5, acteur reconnu en Île-de-France, a fait le choix de se renforcer sur un segment de marché spécifique en acquérant Novasol. Cette entreprise familiale, spécialisée dans le nettoyage industriel et particulièrement reconnue dans le secteur de la santé, offre à Puissance 5 l’opportunité de diversifier ses activités et de s’implanter solidement sur le marché exigeant des établissements de santé. Cette acquisition répond aux besoins croissants en matière d’hygiène et de sécurité, tout en ouvrant de nouvelles perspectives de croissance pour le groupe.
Enfin, l’acquisition de MCS par Ciel Bleu, filiale du groupe Perenne, illustre une troisième stratégie axée sur le renforcement du maillage territorial. Cette opération permet à Ciel Bleu d’étendre sa présence dans le sud-est de la France, consolidant ainsi sa position sur le marché régional de la propreté. Cette approche géographique ciblée démontre l’importance pour les acteurs du secteur de développer une présence locale forte pour répondre aux besoins spécifiques de chaque territoire.
« Le secteur de la propreté en France se trouve à un carrefour décisif. Sa capacité à relever les défis économiques et réglementaires tout en maintenant une croissance durable dépendra largement de sa capacité à innover et à s’adapter aux nouvelles réalités du marché. Les tendances à la consolidation et à la diversification continueront de redéfinir les contours du secteur, offrant des opportunités pour les acteurs capables de naviguer prudemment dans ce paysage en pleine mutation. Avec des initiatives telles que l’Index Propreté et une reconnaissance croissante des métiers, le secteur dispose de solides leviers pour pérenniser son rôle clé dans la société et l’économie du pays ». – Éric LAUNE, expert sectoriel Propreté, Multiservices, Environnement chez AURIS Finance.


