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Ingénieurs et techniciens : des emplois de plus en plus délocalisables

Ingénieurs et techniciensLa France compte actuellement 895 400 ingénieurs pour qui le taux de chômage reste remarquablement bas (3,5 % en 2020, selon les chiffres livrés par l’Observatoire des ingénieurs et scientifiques de France, IESF). Cependant, sous l’effet combiné de la digitalisation et des délocalisations, le nombre d’embauches d’ingénieurs au sein des mastodontes de l’industrie est en repli. Alors qu’en réponse à la crise sanitaire la France entend opérer une reconquête industrielle avec des entreprises plus vertes et plus digitales, demeure l’épineuse question des talents. Les experts d’Auris Finance dressent le bilan.

Remis au Ministre de l’Économie et des finances, au Ministre de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, en date du 7 février 2020, le rapport « Faire de la France une économie de rupture technologique » dresse un état des lieux de l’industrie en France, avant de livrer des préconisations en vue d’une réindustrialisation des secteurs jugés stratégiques. Il apparait ainsi que le poids de l’industrie dans l’économie française s’affaiblit. « La part de marché de la France dans les exportations manufacturières mondiales a diminué de 5 % en 2005 à 3 % en 2015, soit beaucoup plus rapidement qu’en Allemagne (de 10 % à 9 %) », indique le rapport qui souligne que « le poids de l’industrie manufacturière dans le PIB en France est passé de 15 % en 2000 à 10 % en 2018, quand il s’est maintenu à plus de 20 % en Allemagne et à 15 % en Italie ».

Relancer la production industrielle française… sans ingénieurs ?

Face à ce constat de fait, la France entend relancer sa production industrielle. Se pose alors la question de la gestion des talents. Dans une note de synthèse intitulée « Les politiques industrielles en France. Évolutions et comparaisons internationales », France stratégie constate que depuis 1980, les branches industrielles françaises ont perdu près de la moitié de leurs effectifs, soit 2,2 millions d’emplois, tandis que l’industrie ne représente plus désormais que 10,3 % du total des emplois. Au-delà des emplois manufacturiers peu qualifiés, ce sont les emplois de cols blancs : ingénieurs et techniciens qui tendent désormais à disparaitre. Au total 90 000 emplois seraient directement menacés, estime un consultant dans une tribune publiée dans le quotidien Les Echos. En cause : une tendance forte de la part des géants industriels français à recruter des ingénieurs hors Hexagone. « Là où, sur une mission, il y aurait eu 50 ingénieurs français, on en poste 10 en front-office, 20 ingénieurs d’Europe de l’Est en middle-office, et 30 ingénieurs d’Asie en back-office. Ni vu ni connu et des coûts réduits de l’ordre de 30 à 50 % », constate Olivier Lluansi, associé chez PwC dans sa tribune. C’est ainsi par exemple que PSA a choisi de délocaliser la conception de sa prochaine gamme en Inde, préférant aux ingénieurs français leurs homologues indiens.

Réduire les coûts pour faire face à la concurrence internationale

Car derrière ces délocalisations, c’est bien le coût du travail qui est en cause. De fait, en France, les salaires d’ingénieurs restent élevés. Ainsi, selon l’enquête IESF, en 2020 en France, le salaire médian d’un ingénieur est de 57 500 euros bruts par an. Un chiffre qui recouvre d’importantes disparités puisque 10 % d’entre eux perçoivent moins de 22 000 euros par an. Les plus diplômés et notamment ceux issus de grandes écoles demeurent très chassées à l’international : ainsi, en 2020, 15 % des ingénieurs français exerçaient leur profession à l’étranger.