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19/05/2026

Marché en mutation : quelles implications pour les stratégies de croissance externe dans la propreté ?

Marché en mutation : quelles implications pour les stratégies de croissance externe dans la propreté ?

Le secteur de la propreté en France traverse une période de transformation profonde. Pression sur les marges, fragmentation persistante, exigences croissantes des donneurs d’ordre et besoin d’investissement accru : autant de dynamiques qui reconfigurent les stratégies M&A des acteurs du secteur.
Dans ce contexte, la croissance externe n’est plus une option mais un levier stratégique incontournable.

Décryptage par les experts d’Auris Finance, conseil en fusion-acquisition et ingénierie financière.

En France, la filière de la propreté, de l’hygiène et des services associés représente 21 milliards d’euros de chiffre d’affaires, près de 600 000 emplois et environ 15 000 entreprises.
Les 50 premiers acteurs génèrent à eux seuls 8,1 milliards d’euros, soit 43 % du chiffre d’affaires sectoriel.

Le marché reste dominé par de petites structures : 92 % des entreprises comptent moins de 50 salariés. La concentration progressive du marché est favorisée par des stratégies de fusion-acquisition qui permettent aux groupes majeurs de renforcer leur maillage géographique et de diversifier leurs expertises, une multitude de petites structures constituant un vivier d’opportunités d’acquisition.

Un marché sous pression, propice au build-up

Les tensions sur la rentabilité se sont accentuées. Le secteur fait face à un décrochage structurel entre la progression des coûts salariaux et la capacité à ajuster les prix dans un marché fortement concurrentiel. Dans un secteur où la masse salariale représente environ 80 % du chiffre d’affaires, le moindre écart opérationnel a des effets démultipliés sur le résultat.

La dynamique d’externalisation s’impose comme un moteur structurel : 72 % des besoins de nettoyage des donneurs d’ordre étaient externalisés en 2024, et pourraient atteindre 76 % à horizon 2029, tirés par la recherche de flexibilité et la montée des contrats multiservices. Un contexte favorable pour les acteurs capables de proposer une offre intégrée et différenciée, à condition d’avoir atteint la taille suffisante pour absorber ces contrats.

Comme le résume Eric Roussel, expert sectoriel chez Auris Finance Propreté, Multiservices, Environnement : « Comme pour l’ensemble des activités de service aux entreprises, le secteur de la propreté, l’hygiène et des services associés est en pleine effervescence. Les principaux acteurs poursuivent leurs opérations de croissance externe dans une course à la taille et à la diversification. Les acteurs régionaux développent leur maillage territorial principalement par acquisitions. Les offres de service sont de plus en plus spécialisées, digitalisées et durables. »

Des logiques d’acquisition de plus en plus ciblées

En 2025, la croissance externe reste un levier majeur dans la propreté, dont trois logiques distinctes se dégagent.
La première, l’expansion géographique, vise à renforcer le maillage territorial en France et, pour les groupes ayant atteint une taille critique, à se déployer à l’international. Samsic illustre cette stratégie avec constance : en trois ans, le groupe a triplé ses revenus via une dizaine d’acquisitions en France et à l’international, et est aujourd’hui présent dans 27 pays. Sa dernière acquisition, AF Reinigungs AG en Suisse, confirme ce modèle, le groupe familial zurichois de 6 millions d’euros de chiffre d’affaires, porte le chiffre d’affaires total de Samsic en Suisse à 30 millions d’euros.

La seconde, la diversification vers des niches à forte valeur ajoutée répond à une logique de repositionnement face à la pression sur les marges du nettoyage courant. L’acquisition de Novasol par Puissance 5 en est l’illustration : après presque cinquante années d’indépendance, Novasol réalisant la majorité de son chiffre d’affaires dans le secteur de la santé a rejoint Puissance 5, l’un des leaders du marché affichant 67 millions d’euros de chiffre d’affaires. Les segments réglementés et récurrents, comme la santé, offrent une visibilité contractuelle et des barrières à l’entrée que le nettoyage généraliste ne peut plus garantir.

Enfin, la troisième logique vise la sécurisation de revenus récurrents par l’acquisition de portefeuilles clients à faible taux d’attrition.
NIKITA illustre cette logique avec son acquisition récente de MPH NET, société spécialisée dans le nettoyage et l’entretien courant, s’appuyant sur un portefeuille de clients récurrents constituant un atout stratégique. Comme le soulignait la direction: « Ce rapprochement nous permet de renforcer notre présence et de développer notre activité sur ces segments. »

La montée en puissance des partenariats structurants

Au-delà des acquisitions pures, la transformation digitale s’impose comme un levier de différenciation et d’intégration post-acquisition. La montée des exigences RSE constitue également un facteur structurant : 54 % des entreprises se déclarent engagées sur ces sujets, et l’usage de produits porteurs d’écolabel progresse fortement ces dernières années.

Dans ce contexte, le recours à des outils digitaux sectoriels intégrés, centralisant données opérationnelles, RH, qualité et financières, devient un facteur clé de succès en post-acquisition.

La capacité à changer d’échelle comme facteur clé de réussite

L’ancienneté moyenne des établissements est de 6,6 ans, et seulement 25 % des entreprises ont plus de 10 ans. La hausse du seuil de taille critique est tangible : il faut aujourd’hui près de deux fois plus de chiffre d’affaires qu’il y a cinq ans pour figurer parmi les 50 premiers. Dans ce cadre, la capacité à investir dans l’organisation, les RH, la qualité et la RSE devient déterminante malgré la contrainte de marge.

Comme le souligne Éric Laune, expert sectoriel Propreté, Multiservices, Environnement chez Auris Finance : « Le secteur de la propreté en France se trouve à un carrefour décisif. Sa capacité à relever les défis économiques et réglementaires tout en maintenant une croissance durable dépendra largement de sa capacité à innover et à s’adapter aux nouvelles réalités du marché. »

En 2026, le marché devrait continuer à s’orienter vers une consolidation par plateformes, avec des acquisitions ciblées renforçant le maillage territorial et les compétences spécialisées. Les acteurs capables de combiner expertise locale, diversification de services et échelle régionale disposeront d’une fenêtre stratégique pour créer de la valeur et se démarquer dans un marché concurrentiel.

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